Guadarun 2005 : Récit de Claire GARBAGNATI
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Guadarun 2005 : Récit de Claire GARBAGNATI

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Date : 19/09/2005
Discipline : Raid nature / Trail

Auteur : Claire GARBAGNATI - Dossard 1
Organisme :

Jeudi 2 juin 2005
Une petite troupe de « guadarunners » débarque à l'aéroport de Pointe-à-Pitre, accueillie par l'organisation et une averse soudaine, la première d'une série fournie, qui rafraîchit un peu l'atmosphère étouffante. La première soirée est consacrée aux présentations : du programme, des participants, de l'équipe d'organisation, de l'équipe médicale et aussi de quelques coutumes locales, comme la signification de la façon de porter le madras ; nous sommes quelques-unes à jouer les mannequins d'un soir, fille volage, femme travailleuse et dévouée ou suffragette.

Vendredi 3 juin 2005
Départ matinal pour rejoindre Trois Rivières, d'où nous embarquons pour l'archipel des Saintes, havre de quiétude qui fut pourtant le théâtre de sanglantes batailles navales entre Français et Anglais. La journée est belle et libre : plage et mer turquoise, visite du Fort Napoléon, premières rencontres sympathiques avec les iguanes ou balade dans le village typique de Terre-de-Haut, avant de rejoindre Terre-de-Bas en bateau, où le comité d'accueil, assuré par les Reines de Beauté locales, est particulièrement apprécié des sujets de Sa Majesté, Adam et Gavin. Les conditions météo nous obligent à troquer notre bivouac sur la plage contre un camping plus abrité ; notre petit lotissement se monte rapidement, alors que commencent les séances de pesée (toujours contestée), de prévention et/ou réparation -certains, comme moi, étant arrivés déjà blessés et/ou les pieds abîm! és-, orchestrées de main de maître par une fine et efficace équipe de médecin (Ghislaine), podologues (Anne et Cyril) et kiné (Christophe).

Samedi 4 juin 2005
Et voici la première étape. Elle commence par une boucle dans le sympathique village de Petites Anses, ce qui nous permet de croiser très rapidement la tête de course : Widy, le grand rasta guadeloupéen, et Christophe, petit blond aux yeux bleus venu de Guyane, ont déjà fait le trou, au coude à coude ; désormais, ils ne se quitteront plus. Rapidement, on entre dans la forêt, on chemine sur des sentiers vallonnés, qui s'ouvrent parfois sur une trouée : le soleil surgit, la vue sur la baie, le panorama éblouissant valent que l'on s'arrête pour quelques photos !
Puis l'on embarque à nouveau, pour rejoindre Basse Terre, non sans avoir fait une halte chez Germaine, qui nous vante les mille et une vertus et utilisations du manioc : selon la préparation et le stade de transformation, remède miracle contre les troubles intestinaux, onguent a! paisant sur les coups de soleil, accessoire incontournable du tagger anonyme (les inscriptions à la « craie de manioc » ne sont visibles que quelques dizaines de minutes plus tard), en légume ou en farine, l'occasion également d'apprendre que « kassav » n'est pas uniquement un groupe de zouk mais désigne aussi des galettes à base de manioc, fourrées selon les goûts et/ou l'inspiration, à la viande, au poisson, à la noix de coco ou encore à l'ananas. La fécule de manioc, jetée en pluie sur de grosses plaques en fonte chauffées au bois, se transforme sous nos yeux en petites galettes blanches, que l'on déguste aussitôt farcies. La nourriture est délicieuse, Germaine à la fois drôle et passionnante, la fumée éloigne les moustiques, que demander de plus ?
Après la remise de quelques chapeaux et objets d'artisanat des Saintes offerts par le maire, nous rejoignons le lieu de notre campement, le bien nommé « Jardin d'eau ». Les tentes sont déjà montées comme par magie, sans do! ute par quelques petits lutins ou fées invisibles, qui du débu! t à la f in n'auront de cesse de pourvoir à tous nos besoins sans même que l'on s'en aperçoive .

ETAPE 2 : Sainte-Rose (Basse-Terre) 18 Km
Dimanche 5 juin 2005
Le départ de la deuxième étape sera donné à Sofaïa. Malgré la pluie battante, de nombreux locaux se sont joints à nous pour cette balade dans la forêt tropicale. Comme par miracle, surgit un carton de ponchos en plastique, et le petit attroupement de pingouins rose vif égaie un peu le matin sombre, vert foncé végétal sur fond de ciel gris.
La forêt est dense et obscure ; pourtant, elle n'est pas étouffante, elle est vivante et variée, pleine de nuances de couleurs et vibrante de bruissements et sons divers, et l'on y ressent, seul, une réelle impression de liberté.
Les descentes sont glissantes à souhait ; pour ma part, j'attends les « vraies » côtes, et je les attendrai . jusqu'à l'arrivée . (A la réflexion, j'ai un peu de mal à comprendre la topographie du lieu : il semble en effet bizarre qu'une étape en boucle offre tant de desc! entes raides et longues et si peu de montées . enfin, tout doit être possible dans un archipel où la Grande Terre est plus petite que la Basse Terre, elle-même plus élevée !).
Puis à mi-parcours, on débouche pour quelques hectomètres sur un chemin à découvert, où le soleil tente un clin d'œil ; la terre argileuse colle aux chaussures et l'on a l'impression d'avoir les pieds lestés, comme pour une séance d'aérobic. Et la remise en forme se poursuit : difficile d'éviter quelques bains de boue (c'est excellent pour la peau), et, la nature étant bien faite, elle dispose ça et là quelques rivières aux eaux dynamiques, de quoi se nettoyer le temps d'un hydro massage. Posté à la sortie de la forêt, Gérard venu de Vendée pour nous encadrer, accompagne les ultimes foulées -encore en descente .- des derniers concurrents, tout en jouant du sifflet pour signaler notre arrivée, couronnée par une douche dans les sources sulfureuses de Sofaïa, le point d'orgue du programme balnéo ! !


Lundi 6 juin 2005
La nuit au « Jardin d'eau » nous a gratifiés d'une petite secousse tellurique et de quelques inondations, qui ont provoqué diverses migrations nocturnes vers un abri en dur, mais les bons génies qui veillent sur nous se chargeront de faire sécher nos affaires . et nous appareillons pour Marie Galante.
Marie Galante ressemble à une grosse tortue, c'est une île toute ronde réputée pour son rhum et sa canne à sucre. Le trajet en bus, le long des côtes, nous offre une vue imprenable sur les côtes sauvages de la Dominique toute proche ; tout est calme, les pirates des Caraïbes ne sont que dans nos esprits.

ETAPE 3 : Saint-Louis (Marie-Galante) 27 Km
Mardi 7 juin 2005
Le circuit proposé aujourd'hui est varié -plage, mangrove, sentiers et vestiges d'une période où Français et Anglais étaient moins bien accueillis, du Vieux Fort aux ruines de la ! batterie du Massacre-, si varié que trois tours ne seront pas de trop pour en apprécier les détails. Le départ est donné sur une plage de rêve, eaux cristallines et sable blond bordé de la forêt littorale. Chaque tour offre ses repères : la montée dans la forêt par une sente truffée de petits trous dans lesquels se précipitent les « touloulous » (petits crabes rouges) à l'approche des coureurs, un cheval, une camionnette, le gros cochon qui grogne sous les arbres, nos souriants et stimulants ravitailleurs, et puis, cette plage, interminable, qui se rallonge à chaque tour (sans doute encore une spécificité géographique locale, peut-être une élasticité provoquée par l'activité sismique).
Cathy, accompagnatrice de l'équipée du Chantonnay raid, se lance, au départ pour un tour, en compagnie de Laurence ; un inséparable duo de choc est formé, qui partagera, jusqu'à la fin du raid, variantes de parcours imprévues et innombrables fous rires.
A l'arrivée, buffet, bains de mer! et soins accueillent les coureurs ; certains s'essaient au tr! aitement « Ramsès II » (bandelettes de solution réfrigérante des hanches aux chevilles, dont l'effet délassant est surprenant), alors que les arbres se garnissent d'une végétation inhabituelle, maillots de course, shorts et chaussettes.
Il est ensuite temps de rejoindre Grande Terre ; l'état du terrain ne permettant pas le bivouac, l'hébergement est rapidement improvisé dans la cantine municipale, que les « guadarunners » ont tôt fait de décorer à leur manière, avec notamment des stores d'un genre nouveau -chaussures, sac à dos et autre linge humide-, pour fêter dignement l'anniversaire d'Adam, au son de l'harmonica de l'allemand Josef doyen du groupe avec ses 69 ans. Puis chacun installe son petit coin pour la nuit ; c'est un hébergement en dur . qui porte bien son nom, mais on est au sec, un chorus de ronflements aux tonalités diverses en guise de berceuse.

ETAPE 4 : Anse-Bertrand/ Petit-Canal (Grande-Terre) 28 Km
Mercredi 8 juin 2005
La pointe nord de la Grande Terre nous offre une étape unique : au départ de la base de loisirs de la « Mahaudière », le chemin mène rapidement aux falaises ; le sentier étroit et pierreux serpente dans un dédale de buissons extrêmement drus ; le cheminement est des plus ludiques dans ce maquis et à chaque trouée, c'est un nouveau spectacle à couper le souffle : des falaises abruptes plongeant dans l'océan, des anses aux eaux turquoises, le fracas des vagues rageuses sur les roches, du trou du Souffleur à la Porte d'enfer, panorama et atmosphère sont fascinants. C'est dans cet émerveillement que l'on puise du courage sur la fin de l'étape, pénible, désespérément plate, dans une chaleur oppressante ; dans les encouragements sans cesse renouvelés des bénévoles également. Une dernière ligne droite en descente et l'on plonge su! r l'Anse Maurice .

Au large de la Pointe des Châteaux se dessine la silhouette de la Désirade ; ce pourrait être le dos d'un gros iguane à moitié immergé dans l'eau. Du bateau, on aperçoit notre campement, déjà dressé sur la plage au milieu des palmiers.
L'accueil est adorable : du petit bistrot authentique où la bière est servie avec un large sourire au concert de « gwo ka » qui anime le dîner du rythme des tambours et instruments à percussion, l'occasion pour Widy de nous montrer ses talents de musicien.

ETAPE 5 : La Désirade 30 Km
Jeudi 9 juin 2005
Le tour de l'île est un régal : quelques kilomètres de route suivis d'un passage pierreux mènent au plateau, que l'on parcourra sur toute sa longueur.
Ce matin, nous sommes une poignée de coureurs (les plus lents) à partir un peu plus tôt, emmenés par la course vive de Ghislaine le médecin qui n'en pouvait plus d'être spectatrice. Après une première boucle jusqu'au phare à la pointe est de l'île, un petit retour sur la route nous donne l'occasion de croiser certains de nos compagnons de route. Guy, fidèle guadarunner, tout de madras vêtu, est rayonnant ; le temps d'une accolade, son sourire radieux est un inestimable revigorant avant d'entamer la côte raide qui mène au plateau. Puis la foulée des inséparables Widy et Christophe constitue un second aiguillon ; ils me doublent dans un souffle, et disparaissent rapidement au détour du chemin, suivis de tr! ès près, fait rare, par un petit peloton motivé. En effet, avec le renfort d'une dizaine de locaux, l'effectif de coureurs s'est étoffé . certes peu par rapport à celui des bénévoles : applaudissements et encouragements jalonnent le circuit, et il ne se passe pas un kilomètre sans qu'il nous soit proposé de l'eau.
Il est désormais temps de quitter cette île si accueillante ; nous cassons nos dernières noix de coco sur la plage, en attendant le bateau qui nous ramènera sur la Grande-Terre, pour une journée libre à Sainte-Anne suivie d'une soirée de remise d'innombrables prix, du premier au dernier et pour tous les « plus » (jeune, âgé, fair-play, courageux, fidèle, etc.)


Au sein de l'Archipel Papillon, on a virevolté d'île en île et à présent, l'envie me vient de me poser plus longtemps à chaque étape pour écouter le chant de la mer et des histoires créoles. J'étais venue pour la beauté et la force de la nature, je reviendrai sans doute, mais pour la douceur et la joie de vivre de ses habitants, et peut-être que, avec un peu d'entraînement, j'accompagnerai au tambour l'orchestre de la Désirade...


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